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Publié à Édimbourg en 1725 par le poète Allan Ramsay, on considère habituellement le « Gentle Shepherd » comme le premier opéra-comique écossais mêlant texte parlé et chanté. L’univers musical écossais se trouve ici merveilleusement rendu : ballades, airs de danses ou encore complaintes nostalgiques, toutes les palettes de l’âme musicale écossaise résonnent pour notre plus grand plaisir dans ce « Berger gentilhomme ».

 

Présenter de nos jours toutes les facettes d’une telle œuvre sans se perdre et sans perdre le public peut s’avérer compliqué face à moult péripéties, interventions de sorcières, de fantômes, de diseuses de bonne aventure, etc.

 

Devant ces difficultés, le recours à la marionnette et au procédé du conte nous ont semblé les plus aptes à répondre à nos souhaits de rendre au présent (et avec un peu d’humour) ces idées évoquées au Siècle des Lumières telles que superstition, mariage forcé, éducation des filles ou encore opposition sociale.

Deux versions du projets sont proposées : 

Le Berger Gentilhomme, en version spectacle 

Comédien : Patrick Waleffe

Soprano : Wei-Lian Huang

Traverso : Catherine Daron

Clavecin : Luc Vanvaerenbergh

Théorbe et direction musicale : Jean-Luc Impe

Le Berger Gentilhomme, en version concert commenté

Le concert est disponible avec les commentaires français et néerlandais.

Soprano : Wei-Lian Huang

Traverso : Catherine Daron

Clavecin : Luc Vanvaerenbergh

Harpe : Riccardo Delfino

Théorbe et direction musicale : Jean-Luc Impe

Le Berger Gentilhomme (The gentle shepherd) : Allan Ramsay 1725

La pièce se déroule dans un village de bergers et dans des champs situés à quelques « miles » d'Édimbourg. 

Le premier acte débute à 8 heures du matin.

I, sc. 1  Au sud d’un refuge, au bord d’un rocher escarpé, où, des sources cristallines, jaillissent les eaux pures…
 

Deux jeunes bergers conversent aimablement et évoquent leur conception respective de l’amour. Patie, d’un côté, respire la joie de vivre et chante à qui veut l’entendre les attraits de sa bien-aimée, la jeune et jolie Peggy (The wawking of the fauld1). Roger se plaint, quant à lui, de ce que les filles le dédaignent et refusent obstinément de le regarder d’un œil favorable, malgré ses nombreuses richesses. Il pense, en outre, que la femme qu’il aime, la bergère Jenny, n’est pas insensible aux charmes… d’un simple garçon de ferme. Il a beau jouer à Jenny son air préféré2 sur sa nouvelle flûte, elle fait celle qui n’entend rien. Patie lui confie tout de go que si une femme méprise son amour, il faut aller voir ailleurs sans sourciller ! -Fais donc semblant que tu l’abandonnes et elle changera vite de discours, lui dit-il, ou encore… - Sors avec une autre et elle deviendra comme folle (Fy gar rub her o’er wi strae). Roger, très content de ces judicieux conseils, s’en va gaiement déjeuner avec son ami.

I, sc.2  Un vallon fleuri, entre deux pentes verdoyantes, où les filles lavent et étendent leur linge. Un ruisseau coule de manière abrupte à travers la 

montagne… son lit est fait de pierres étincelantes, lisses et rondes. Regardez ces deux jolies filles, pieds-nus, proprettes et lumineuses. Faites 

d’abord plaisirs à vos yeux, et puis amusez votre oreille…
 

Pendant ce temps, deux bergères lavent leur linge en devisant joyeusement. Peggy, enjouée, demande à sa compagne Jenny pourquoi elle dédaigne Roger. Elle l’avertit qu’à trop faire la fière elle risque de se retrouver seule (Polwart on the green). Jenny lui répond qu’elle trouve Roger inconsistant. Elle ajoute dans la foulée que le mariage est un piège et qu’il faut en toutes circonstances se méfier des hommes en détaillant par le menu l’immensité des malheurs qu’une femme pourra éprouver au sein de son foyer si elle fait la folie de convoler en juste noce (O dear mother, what shall I do ?). Peggy, elle, inlassablement, chante encore et toujours le bonheur de vivre avec un homme aussi bon que Patie (How can I be sad on my wedding day3). Jenny, de guerre lasse, finit par avouer que la vision de Peggy n’est peut-être pas si mauvaise… (Nansy’s to the green-wood gane)… mais qu’il convient, avant tout, d’achever la lessive.

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L’acte II commence à 11h00 

 

II, sc. 1 Une chaumière pimpante, de l’herbe devant la porte, des poules sur le fumier, les canards barbotent dans l’eau. D’un coté une grange, de 

l’autre un abri pour le bétail. Un tas de tourbe compte avantageusement le tableau. La maison est occupée par Glaud, 

 

Glaud, fermier-métayer, est assis devant sa chaumière. Il salue Symon, un autre fermier, et apprend par ce dernier le retour prochain de leur maître, Sir William. Après avoir chanté la bravoure de leur seigneur, la victoire du bon droit (Cauld kail in Aberdeen) et dressé le portrait du maître parfait (Mucking of Geordie’s byar), Symon invite Glaud et son épouse Madge à la fête qu’il compte donner le soir même dans sa demeure.

II, sc. 2 Un champ dégagé, un cottage au bout et une vieille qui file de la laine au soleil. Un peu plus loin, en dessous d’un petit arbre qui fut jadis tourmenté par les vents, se tient un homme, à la mine sauvage, les bras croisés.

Dans cette scène, on découvre Bauldy, jeune garçon de ferme un peu simple d’esprit, se parlant à lui-même… nous apprenant de la sorte qu’il aime Peggy et qu’il n’aurait jamais du accepter de se fiancer avec Neps (bergère bien moins jolie que Peggy). Il espère, malgré la crainte qu’elle lui inspire, convaincre la vieille Mause de mettre ses talents de sorcière à son service afin de gagner l’amour de Peggy.

II, sc. 3 Une cour de ferme avec une petite fontaine où l’eau coule. Une vieille femme à la peau ridée est assise et file de la laine en chantant (Carle and the king come).

Après avoir rapporté à Mause que les gens des alentours la prennent pour une dangereuse sorcière, Bauldy demande à la vieille femme de bien vouloir l’aider. Il lui suggère de proférer un sortilège qui changera l’amour qu’éprouve Peggy pour Patie en sa faveur et qui, dans le même temps,modifiera les inclinaisons de Neps, ce qui aura pour effet de le libérer de ses engagements. Il propose à Mause de venir à la fête de Symon pour mettre au point un stratagème susceptible de combler ses aspirations amoureuses.

II, sc. 4 Sur la plaine, derrière un arbre, 

Patie et Peggy échangent de tendres aveux… et quelques baisers de surcroit. Après s’être remémoré les instants les plus doux de leur rencontre passée4, ils chantent à l’unisson l’envie de vivre pleinement leur amour et de se marier au plus vite (The yellow-hair’d Laddie). Patie susurre à l’oreille de sa belle qu’il a composé une jolie chanson en son honneur et que cela vaut bien une centaine de baisers. Peggy ne s’en laisse pas compter et demande à son berger de lui chanter d’abord sa composition nouvelle (To its own tune et By the delicious).

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L’acte III commence à 16h00

III, sc. 1 Regardez plus loin que la chaux dispersée sur ses vêtements et voyez un homme dont la barbe semble blanchie par le temps ; un appareil de mesure à main, des habits pauvres, sans doute le prendriez-vous pour quelque gueux. Mais, silence ! Constatez le plaisir qui se lit sur son visage alors qu’il arpente son ancien domaine.

 

Sir William, déguisé en mendiant, se promène incognito sur ses terres et se réjouit de retrouver son garçon, connu dans le village sous le nom de Patie. Veuf, il a confié quelques années plus tôt, sous le sceaux du secret, son jeune fils à Symon afin qu’il reçoive une saine éducation loin des vicissitudes de la cour (Happy clown). Sir William, tout à ses réflexions, gagne rapidement la maison de Symon devant laquelle se donne une fête.

III, sc. 2  C’est la maison de Symon ! Veuillez entrer et faites donc la visite ; rien de superflu ou de coûteux qui pourrait vous offenser. Ici tout est propre avec un bon feu de tourbe qui se reflète sur le sol. Des cuillères à poignées de corne ainsi que des bols en bois sont posés sur les étagères, derrière la porte. Pendant que les jeunes s’activent à danser sur l’herbe, les vieux pensent qu’il est bien mieux de papoter, de fumer et de se reposer en compagnie d’une bonne pinte pour « éclairer » leurs yeux.

Devant la chaumière de Symon, la jeunesse s’est assemblée pour danser tandis que les plus âgés discutent entre eux et constatent avec bonheur combien le jeune Patie est devenu un beau jeune homme. Tous sont persuadés que son amour pour Peggy finira sous peu en mariage. Symon, qui connait le secret de la noble naissance de Patie, doute que cela se puisse faire… Sir William, sous les traits d’un diseur de bonne aventure, se propose de lire l’avenir de Patie à qui il prédit un futur plein de richesse et d’honneur5. Comme personne ne le croit, malgré tous ses efforts de persuasion, il demande à Symon de l’accompagner au-dehors pour une courte promenade.

III, sc. 3 Derrière un buisson, bien cachés…

À leur tour, Jenny et Roger s’éloignent de la fête afin de s’avouer leur amour. La jeune bergère fait part à son compagnon de ses réticences concernant le mariage mais Roger finit par la convaincre et ils chantent à l’unisson leurs sentiments réciproques. Ils terminent la scène en échafaudant des projets de mariage (Leith Wynd). Jenny incite Roger à demander sa main à ses parents (O’er Bogie) avant qu’ils ne se revoient plus tard… quand la journée fraichira, à l’endroit de la colline où les saules donnent de l’ombre sur l’étang.

III, sc. 4  Cette scène présente le Chevalier et Symon, près d’un endroit où tout a l’air sinistre et en ruine.
 

Durant la promenade, esquissée à l’acte II, Sir William découvre sa véritable identité à Symon qui ne peut cacher sa joie de retrouver enfin son maître. Le lord n’en finit plus de féliciter son vieux serviteur pour la bonne éducation dispensée à son fils et lui demande, avec un peu d’appréhension, si une jeune fille occupe plus particulièrement ses pensées. Ayant appris l’intérêt que porte son fils pour la nièce de Glaud, la jeune Peggy, Sir William affirme haut et fort que sa noble progéniture doit se réserver pour un parti plus élevé et demande au fidèle métayer de lui amener son fils toute affaire cessante (Wat ye wha I met Yestreen).

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L’acte IV commence à 21h00

IV, sc. 1  La scène est, comme décrit précédemment, chez Glaud.

Tout le village apprend le retour de Sir William ainsi que la véritable identité de Patie. Il semble dès lors que Peggy ne puisse plus prétendre à l’amour du fils du Lord. Bauldy tente de profiter de la situation en approchant d’un peu trop près Peggy. S’ensuit une terrible dispute entre Madge, Mause et Bauldy qui, tous trois, partagent des vues différentes sur la traitrise fomentée par le jeune homme. Noms d’oiseaux et pluie de horions ponctuent la fin de cette scène. Les deux femmes mettent en fuite Bauldy et ourdissent à son encontre un complot des plus plaisant : elles lui feront la peur de sa vie en se déguisant en fantôme.

IV, sc. 2 Quand les oiseaux commencent à s’endormir sur les branches et que l’herbe verte se mouille de la rosée qui descend, alors que le bon Sir William s’est retiré pour se reposer, le noble berger, tendrement inspiré, se promène parmi les genets avec Roger, toujours loyal, afin de rencontrer Peggy, de la consoler et de lui faire ses adieux.

 

Roger tente de réconforter son ami Patie que l’on veut à tous prix séparer de sa bien-aimée. S’ensuit une aimable conversation dans laquelle l’amour sincère le dispute à la piété familiale (Kirk wad let me be). Peggy, qui vient juste de rejoindre les deux jeunes hommes, affirme que même si Patie doit s’éloigner un temps, jamais elle ne l’oubliera et ne se mariera avec personne d’autre (Wae’s my heart). Patie la conforte en abondant dans son sens pendant que Peggy, prise d’une foi soudaine en l’avenir, se jure d’étudier et de devenir une femme dont Patie pourra être fier (Tweed side), (Bush aboon traquair)

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L’acte V commence à l’aube, le lendemain.

V, sc. 1  Voyez comme le pauvre Bauldy ouvre de grands yeux, comme un possédé, et réveille bruyamment Symon d’un repos bien mérité. Des jambes nues, avec un bonnet de nuit et un manteau déboutonné, voyez le vieux serviteur qui s’approche du sot.

Bauldy, tout effrayé encore, raconte à Symon combien la vieille Mause a de tours maléfiques dans son sac : il a vu, de ses yeux vu, une sorcière diabolique et s’est battu avec un fantôme. Sir William professe quelques doutes à ce sujet et pense que le jeune étourdi a été la victime d’une plaisanterie. La scène se termine au lever du soleil et Sir William chante un petit couplet sur le travail et la santé (Bonny grey-eyd).

V, sc. 2 

Glaud taquine Jenny et Peggy en leur affirmant que Patie les oubliera vite maintenant qu’il est fils de Lord. Bientôt il sera un véritable « dandy », ce contre quoi s’insurgent vivement les deux jeunes filles assurées de la constance de Patie. Madge interrompt leur discussion en leur disant qu’ils sont tous attendus par Sir William qui compte bien statuer sur la plainte portée par Bauldy à l’encontre de la vieille Mause, accusée de sorcellerie.

V, sc. 3 

Sir William amène Bauldy à se confesser et à battre sa coulpe pour avoir tenter de séduire Peggy et abandonner Neps. L’arrivée de Peggy étonne Sir William qui croit reconnaître en elle le portrait fidèle de sa sœur, morte dans la fleur de l’âge. Il demande à Glaud si cette jeune personne est bien sa fille. Glaud hésite un temps et finit par avouer qu’il a trouvé, il ya de cela plusieurs années, un bébé joliment emmailloté derrière sa porte. Si la jeune fille est belle et bonne, et sans doute de noble naissance, il ne sait rien de ses origines. Mause intervient alors pour clarifier la situation. Jadis elle fut l’infirmière personnelle de la malheureuse sœur de Sir William et a sauvé le jeune nourrisson des menées criminelles d’un ignoble parent. Cet oncle infâme et sa femme ont projetés naguère d’étouffer l’enfant mais Mause, n’écoutant que son courage, s’est enfuie avec la petite et l’a confiée à Glaud. Plus rien ne s’oppose à présent au mariage des deux jeunes tourtereaux, issus l’un et l’autre, d’un noble sang. Sir William bénit le couple et affirme que le traître sera puni. Tout est donc bien qui finit bien et Peggy, à la demande de Sir William, termine la pièce en chantant… (Corn Riggs)


 

1Les parenthèses renvoient aux textes des airs chantés.

2Air : O’er bogie en instrumental.

3Les deux jeunes filles développent chacune à leur tour leur conception du mariage : l’enfer pour Jenny et le paradis pour Peggy. (sur la musique de « Bonny Lass of Branksome »)

4Sur l’air « Boat-Man » et « Lass of Patie’s Mill”. Il est fait également mention de « Broom of Cowden-knows », “Milking of the Ewes”, “Jenny Nettles”, et “Maggy Lauder”.

5La prédiction se fait sous forme de fable…