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Les Fra-Maçonnes

Lanterne magique qui illustrera l'opéra-comique des "Fra-Maçonnes" de Poinsinet dans la version scénique des Menus-Plaisirs du Roy (création en  septembre 2020).

Le dispositif scénique comprendra également un théâtre de papier tandis qu'un "orgue d'Allemagne" accompagnera les musiciens des Menus-Plaisirs du Roy

Les Fra-Maçonnes
 

Le mardi 9 juillet 1754, Les Fêtes de l’Hymen et de l’Amour, opéra-ballet de Cahusac et Rameau fut repris à l’Académie royale de Musique. Comme il était d’usage à l’époque pour les ouvrages qui avaient « réussi », les parodies fleurirent pour brocarder l’œuvre.

Ainsi fut fait : le 28 août 1754, à la foire Saint-Laurent, Antoine- Alexandre-Henri Poinsinet

offrit au public parisien une parodie tirée de l’acte des «Amazones» des Fêtes de l’Hymen et de l’Amour : Les Fra-Maçonnes.
Si l’histoire des foires parisiennes n’est plus à faire, car elle a été étudiée et bien documentée par de nombreux travaux scientifiques, signalons pourtant, rapidement, la place exemplaire occupée par les foires Saint-Germain et Saint-Laurent dans l’évolution des spectacles. Dans une France de l’Ancien régime, en butte aux récriminations et rebuffades des théâtres patentés, lesquels exigeaient vigoureusement le respect strict de leurs privilèges, les comédiens forains durent inventer quantité de subterfuges afin de pouvoir exercer leur art. De ces nombreux et douloureux combats
pour gagner le « droit à la scène », naquit notamment l’opéra-comique. La place des Fra-Maçonnes de Poinsinet s’inscrit donc dans un lieu fortement chargé de passions et d’histoires théâtrales...
Il s’avère tout aussi hors propos de vouloir détailler, ici, la vie et l’œuvre de Poinsinet. Néanmoins, pour une compréhension idoine de la pièce que nous présenterons sous peu, il nous a semblé utile de relever quelques traits marquants de sa personnalité...

 

La très grande crédulité de notre auteur tout d’abord :


« Quoiqu’il ne manquât pas d’un certain esprit, Poinsinet avait une singulière ignorance des choses les  plus communes, un amour-propre, une extrême crédulité et une naïveté tels que son nom était devenu proverbial : on disait : « Bête comme Poinsinet ». Comme son ignorance était mêlée
de beaucoup de vanité, on le persuadait de tout ce qu’on voulait. Sa présomption, son ignorance et sa crédulité le rendirent longtemps le jouet des salons. »
L’esprit de Poinsinet ne se limite heureusement pas à ce trait de caractère peu flatteur. Doué d’un véritable talent de versificateur et de « metteur en mots » pour les musiciens, notre auteur connut de nombreux succès dont « Les Fra-Maçonnes ». Nous avons pu constater, à travers l’étude de
son œuvre et, en particulier, de la pièce spécifique que nous présentons, l’heureuse adéquation entre prosodie et musique réussie par notre auteur. Cette qualité, rare chez nombre d’écrivains du temps, souvent ignorants du choix judicieux d’un air porteur d’affects, de sa portée et de sa complémentarité avec l’expressivité textuelle, confère indubitablement à notre auteur une place particulière dans le panthéon des écrivains amateurs de vaudevilles...
S’il est actuellement possible de consulter cette petite bluette de Poinsinet, soit sur le site « Théâtre classique », dans une présentation modernisée, soit sur le site Gallica de la Bibliothèque nationale de France, dans son édition originale numérisée, force est de constater, dans les deux cas, que la pièce est privée de son ornement fondamental : la musique.
Bâtie sur un fonds de mélodies connues, les vaudevilles, la pièce perd de sa mièvrerie supposée en étant chantée et non plus lue ou simplement déclamée.

 

Alain-René Lesage, dans son introduction à l’édition du Théâtre de la Foire ne nous disait-il pas...
« Mais, Messieurs les Lecteurs, qui condamnez quand il vous plaît les Livres,
malgré les raisons dont on veut vous bercer dans les Préfaces, qu’il nous soit du
moins permis en finissant, d’en user avec vous comme une Partie dont on va
juger le procès, en use avec ses Juges. Si elle a quelque observation essentielle
à leur faire, elle ne s’en repose pas sur l’obligation où ils sont de tout examiner
avant qu’ils décident. Nous vous avertissons qu’il faut chanter et ne pas lire simplement nos Couplets.
Regardez -les comme les vers des Divertissements d’Opera, Les uns et les autres
sont faits sur des canevas. Le chant vous inspirera une gayeté indulgente. Enfin,
en les chantant, vous y mettez du vôtre, & nous aurons meilleur marché de
vous : Au lieu que, si vous ne faites que les lire, vous prendrez garde à tout . »