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Les Menus-Plaisirs du Roy

Le règne finissant de Louis XIV est lourd, ennuyeux, compassé et ô combien pesant. Le monarque vieillissant n’en finit pas de ne vouloir pas mourir et les plaisirs semblent avoir déserté la Cour à jamais. Les “ grands ” n’ont plus seuls l’apanage du divertissement. Une frange nouvelle de population, marginale encore, mais qui va s’accroissant, accède au monde des arts... et elle y accédera par la puissance la finance.


La bourgeoisie, après avoir copié servilement le modèle aristocratique, imposera bientôt ses propres valeurs. C’est cette société en pleine mutation, mais déjà toute dominée par l’argent, que nous dépeint le théâtre forain. Si ce dernier est subversif; ne fût-ce que dans son combat pour acquérir le droit à la parole, à aucun moment il ne se présente comme un spectacle engagé.


La satire, le burlesque, la raillerie et l’irrespect s’avèrent ici incompatibles avec une volonté farouche de modifier la société. La Foire constate, pour en rire et faire rire, les tares et les imperfections du monde qui l’entoure.

Au-delà de l’esprit de dérision qui le caractérise, le théâtre de Polichinelle développe une morale basée sur la propriété. Jouissance et possession sont les deux mamelles de la Foire.


En jugeant la marionnette et le théâtre forain dans son ensemble indignes de figurer sur ses tablettes, la critique littéraire a occulté un corpus théâtral qui parodiait et satirisait les représentants patentés de la culture officielle. Parce qu’ils n’étaient assujettis à aucune contrainte dramatique comme le respect des trois unités si chères aux auteurs classiques, parce qu’ils n’étaient pensionnés ni par le Roi ni par un quelconque quidam, les Forains prirent l’habitude de s’écarter d’une bienséance compassée. La rupture avec la convention permit une diversité débridée. Le temps et l’espace ne seront plus des carcans rigides mais des auxiliaires extraordinaires qui engendreront des scènes proches du surréalisme. Cet éloignement par rapport aux poncifs présentés sur les scènes officielles se manifesta aussi dans le choix des personnages et des thèmes que les auteurs officiels de Polichinelle se résolurent à inclure au sein de leurs pièces.
La Foire a puisé son efficacité dans l’affrontement des genres et des codes. Au grand jamais elle ne mélangera les ingrédients qui contribuent à sa réussite; elle préférera toujours une juxtaposition, une franche opposition à une mixture dépourvue de sa saveur. Sur la scène de Polichinelle s’affrontent ainsi le jeu ampoulé des Romains et la verve corporelle des Italiens. La déclamation emphatique des premiers, leur statisme et la grandiloquence de leur rhétorique gestuelle devaient paraître singulièrement ridicule en regard des commentaires irrévérencieux des disciples de notre bossu. Ajoutez à cela les codes imposés par les aléas de l’histoire foraine, l’usage obligatoire du chant par exemple, et vous obtiendrez un spectacle qui aujourd’hui encore possède sa propre efficacité, en dehors de toute considération.


Il est probable que ce caractère protéiforme des théâtres des foires Saint-Germain et Saint-Laurent au XVIIIe siècle, qui procède par « la centonisation » des éléments les plus hétéroclites ait pu déconcerter les amateurs de catégories bien définies. À l’image du costume d’Arlequin, il est fait d’une multitude d’éléments plus colorés les uns que les autres. Sans jamais se mélanger, ils forment un ensemble qui ne manque ni de force, ni de cohérence.
 

...c’est à ce théâtre que s’attache, depuis près de trente ans, la Compagnie des Menus -Plaisirs du Roy.

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